FIN
Salut, je ne sais pas comment on dit adieu. Je n’ai pas de raison raisonnable à te donner. « À présent le geste est épuisé [...] À présent je préfère le jardin du quotidien. Je préfère nos lettres à »l’écriture » [...] J’ai semé le doute. Douté de tout. » Je ne t’aime plus peut-être. Non, pas peut-être. Mais ce n’est pas contre toi. L’amour part c’est comme ça, et les adieux sont médiocres toujours. Au départ je devais faire 36 poses, je me suis attachée ou accrochée ne me suis pas arrêtée en route, ou presque — il y en a une centaine. Elles étaient presque toutes des variations sur un même thème. Un thème dont la couleur dominante est le rouge ou le noir, un thème dont personne ne veut entendre parler parce qu’il est universel et nécessairement excessif. On écrit à partir de nos obsessions, parfois une seule, qui ne nous quitte jamais, qu’on porte comme chacun porte son heure. J’ai 28 ans bientôt. Vieillir c’est quoi. Recommencer. Porter sur soi. Prendre un train et en laisser passer d’autres. Écrire ici, c’était pour moi lutter contre ce vouloir disparaître, à chaque jour c’était disparaître un peu plus, jusqu’à l’effacement total et irréversible. Qui séjourne auprès de la négation ne peut se servir d’elle. Si vous êtes malheureux il ne faut pas le dire au lecteur, gardez cela pour vous. Souffrance d’écrire en-deçà, hors du champ du chagrin. Faire un livre, faire l’amour: effort vain d’abolir l’intervalle. Écrire: mettre des mots dans le trou, colmater. Les mots ne comblent rien. Les mots manquent. J’ai souvent cité, parce que cette idée qu’écrire c’est lire. Lire c’est se reconnaître. J’ai tenté depuis un an de mettre un peu d’ordre dans ce que je pouvais être comme existence langagière, mais je n’ai fait que creuser la brèche entre les mondes de ma propre histoire. Seul le présent existe vraiment, celui du langage est toujours incertain, bourré de tous les temps, et le mien est à l’image d’une haie pleine de trous. Le vent passe et ça ne fait pas toujours du bien. C’était un beau voyage vertical. Il ne me reste plus qu’à te remercier, lecteur, pour ce partage. Et puisque je ne sais pas plus comment on clôt un adieu que comment on le débute, je te laisse sur cette note que j’emprunte à un autre, qui lui aussi emprunte et qui contrairement à moi signe un retour au blogue (Halte là).
Dear World, I am leaving you because I am bored. I feel I have lived long enough. I am leaving you with your worries in this sweet cesspool ― good luck.
Tiens, pour la route…
[Bob Dylan, Ballad Of A Thin Man, album Highway 61 Revisited (1965)]
À propos de cette entrée
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- Publié :
- 20 décembre 2009 / 11:52
- Catégorie :
- voyage vertical
