rencontre: le contexte
J’ai rencontré François Bon dans l’avion. Je revenais de Marseille avec A., qui s’était enregistrée avant moi et qui donc était déjà callée quelque part dans un petit siège du gros Boeing Air bus, à lire un David Foster Wallace (ça me rappelle ma hâte de mettre la main sur la traduction du premier, La fonction du balai, tout juste édité Au diable Vauvert…). Pour ne pas éterniser ma sortie à l’aéroport, attendre les bagages et tout, j’ai pris l’habitude de n’emporter avec moi que le nécessaire, la valise compacte du voyageur averti (et puis j’ai toujours aimé ce petit look femme d’affaire, mystérieuse parmi les étrangers, dont l’allure ne peut à elle seule décider de son identité ou métier précis). Depuis d’ailleurs cette fois où nous sommes revenus à Montréal D. et moi sans nos valises, perdues en l’air – réussi pour un premier voyage de l’autre côté ! c’était en 1999 et nous étions chargés comme des mules –, je m’en tiens au strictement utile et je roule tous mes vêtements en petites boules pour gagner de l’espace et pouvoir tout rentrer dans la cabine voyageur. Bref, sac valise noir de type sport (c’est la bandoulière qui change tout), bourré de choses que je croyais nécessaires, dont le tiers était des livres. C’était donc sur le chemin du retour, un hublot à ma droite, rangée J siège 26, en plein le cul sur les moteurs et les ailes pour horizon visuel, deux jeunes filles à ma gauche, début vingtaine, qui me vouvoyaient (ça donne toujours l’air d’être plus vieux que les autres, les livres, pouvez m’expliquer pourquoi ?) et me demanderont plus tard ce que j’allais écrire comme romans puisque j’étudiais les romans… Enfin. J’avais dans ma valise Tramway, de Claude Simon, que j’avais tenté en vain de relire sur le vol de l’aller, avais préféré le ipod parce que la tête était trop pleine. Aussi durant le séjour comme tel, j’ai peu lu. Souvent cette impression que ce qui bouge dans la vie, c’est-à-dire quand c’est soi qui bouge et que tout tourne autour aussi très rapidement, des moments comme ça où l’expérience occupe tout le quotidien et on pensera plus tard à démêler le vécu, que ce mouvement donc ne s’accorde pas avec les livres, qui nous racontent évidemment d’autres expériences à travers les histoires. Et ce temps qui déjà nous manque pour vivre, ne pas l’accorder à la lecture même si c’est du temps pour soi, le garder pour après, quand on sera plus réceptif, quand on en aura soif ? Je lis ainsi très peu ou pratiquement pas quand j’ai cette fièvre de vie qui me prend, c’est très égoïste au fond, préférer sa propre, sa «vraie» littérature. «La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature», qu’il disait, c’est celle que je me fais dans ma tête, cette vie vécue que je réorganise ensuite, digère dirait Valéry, et tente un peu de restituer par instants de prose quand l’énergie y est (je ne suis pas écrivain, l’énergie s’en va puis revient, voilà pourquoi le blogue, fragments, moments, microfictions au quotidien). J’avais aussi dans ma valise un Échenoz, que j’avais ramassé dans cette sympathique librairie près de la Comédie Française (peux pas en dire autant de la snobe à la caisse, par exemple), filière de Gallimard si je me souviens bien, avec des échelles pour récupérer les livres perchés dans les rayons en bois qui grimpent jusqu’au plafond. Mais pas lu non plus le Échenoz, même pas sur la route en traversant tout ce pays jusqu’en bas, jusqu’au pays de Pagnol que je préférais respirer et tout avaler d’un coup, ce qui m’occupait toute entière. Les livres ne m’ont donc servi à rien, même pas ce mince Le cri de Laurent Graff qui m’avait intriguée et que j’avais acheté dans les locaux du Dilettante près de chez Corti (fermé pour les vacances), ils étaient même lourds et encombrants (vais-je me laisser convaincre par le e-book ?), jusqu’au vol du retour, rangée J siège 26.
à suivre…
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- Publié :
- 10 septembre 2009 / 09:41
- Catégorie :
- voyage vertical



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