douceur bleue_Pierre Ménard
Il y a une lumière que le vent a éteinte. La nuit le déclin de ce jour. La phrase semble plus délicate, plus tendre. Il y a des ombres qui s’étreignent devant un miroir terni. Reste à trouver une ligne de fuite, il n’y a pas d’autres mots. Au départ je n’y comprends pas grand-chose. Quelque chose de tellement ambiguë que nul ne sait dire de quoi il s’agit. Il me suit des yeux de sa fenêtre. Il paraît dans le noir de la chambre, se passe des choses curieuses là haut. La vie entière est faite de cette obscurité. L’air donc au frémir de la nuit tout cet air frémissant. Il y a un nuage qui se résout. Il y a un murmure de vent. J’ai toujours pris le train en marche. Silence. Dans les mains calmes. La peur et le mystère. La nuit venue son regard s’est altéré. D’une douceur bleue. C’est un horizon, une présence qu’on essaye de détourner mais qui s’approche à mesure que nous voulons la fuir. Rejetons nos appréhensions. Ruine sans cri à l’adresse du ciel. Cet instant suspendu entre des lèvres. La sensation de l’image, ce qui est à représenter, devient l’absolu, la vérité. Qui du texte ou du lieu fait l’autre ? Je suis une ombre à l’écart. Prendre les désastres aux mots. Fabriquer un peu d’incertain, de rumeur, d’alternative. Comme le blanc des yeux révulsés, quand le coeur se serre d’avoir pu oublier. Incessamment se corriger pour rendre à la vérité ce qui est à la vérité. Mémoire enclose dans son peu d’ombre. De quelle force s’arme ainsi la patience en sa lente parole. Je me demande si je ne voudrais pas être simplement son regard. Là, par l’immobilité où je voudrais dormir. Dans la candeur de ce qui tremble. Et marcher d’un endroit à l’autre, d’un mot à l’autre.
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Nous sommes le premier vendredi du mois de septembre. J’ai l’honneur de recevoir sur mes 36poses Pierre Ménard, qui signe le présent billet. Je suis aussi l’invitée de son blogue liminaire aujourd’hui. Cet échange s’inscrit dans le cadre d’un mouvement initié par Tiers livre de François Bon et Scriptopolis un peu plus tôt cet été. Nommé «vases communicants» (expression empruntée à André Breton), le projet propose un échange entre deux blogueurs le temps d’un post, à chaque premier vendredi du mois. Merci à Pierre Ménard pour cet échange stimulant et ce beau texte.
«Et puis une question plus profonde: l’écriture, dans le numérique, est intimement liée à son support. Rapport graphique, ergonomie du blog. Chacun écrit sur son blog en fonction de cette signature. Alors il se passe quoi, quand on laisse sa maison à l’invité, et qu’on s’en va passer un jour chez lui ?» [FBon ce matin]
Les commentaires sur mon texte Memories Of What sont bienvenus ici.


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