c’est l’heure
Je n’ai plus de montre et c’est très bien ainsi. Brisée, pas réparée avant de partir, ça m’arrange bien. Je veux me perdre et demander mon chemin, me forcer à te rencontrer, dites vous avez l’heure ? Je pense: impossible, il y aura toujours des cadrans, partout. Mon père dirait regarde au Nord, comprends le soleil, mais je n’ai pas hérité de cette faculté. De toute façon l’heure flashe partout. Individu, on est forcé d’être individu, rien à demander à l’autre, tout favorise la solitude en collectif, je veux être aveugle, mais non mais non, il faudrait être sourde, ah ça jamais! Chacun porte son heure. Chaque espace public nous la rappelle. Des cloches sonnent, des haut-parleurs nous parlent alors qu’on ne leur demande rien, des radiateurs s’activent, des départs sont annoncés, embarquement IMMÉDIAT, dit dans 4 langues de suite… Je pense: décalage entre le moment de l’annonce faite en anglais et celle faite, deux minutes plus tard et pour le même départ, en allemand. Je songe: l’heure ici n’est pas la même que là-bas, et d’abord où est ce là-bas par rapport à ici, à ton là-bas où tu es, à nous, à lui ? L’heure qu’on me donne n’est pas la mienne. Pas la tienne non plus. Tant mieux. Je peux demander à l’infini mon heure, demander cent fois mon chemin, cette heure et ce pays sont connus mais ne sont pas les miens. Il est grand temps que j’arrive, mon départ a sonné. Elle se retourne et me demande l’heure qu’il est. 12:58. Elle dit c’est l’heure, dans deux minutes c’est l’heure! Inch’ Allah. Mais, dis-moi, c’est l’heure de qui ?
[Julie Doiron, when brakes get wet, album I Can Wonder What You Did With Your Day]
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- Publié :
- 1 septembre 2009 / 18:08
- Catégorie :
- voyage vertical


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