notre livre

Le livre une fois refermé continue de s’écrire. Des scènes m’avaient obsédée, qui rejouaient inlassablement dans ma tête. Ce n’était pas la première fois que je me disais ça: un ravin de perception nous sépare. Parce qu’on avait le même imaginaire, mais qu’on logeait dans des réalités distinctes. Je venais de la planète bleue, que tu disais. Du bon bord des choses, ce qui me faisait rager évidemment. Une bonne run, qu’on a faite ensemble toi et moi, on voulait un chien brun, mais ce n’était certainement pas assez pour nous survivre. J’ai tenté la bonbonne d’oxygène, mais tu marchais au cyanure. J’aimais ça pourtant, sans apparemment de mon point de vue tout bien mesurer les enjeux. Je t’ai regardé partir comme on regarde un gros paquebot passer au loin sans rien dire, avec juste la force de m’effondrer quand tu as atteint le point de fuite. Tu as fait ça lentement, sans pourtant que j’eusse les moyens concrets pour renverser la vapeur. Sur le coup je t’ordonnais de prendre le large. Je suis prise dans ce chapitre-là depuis. Il me fait craindre ma disparition, mon asile le tien le nôtre à jamais refermé sur lui-même. On ne prévoit jamais d’oeuvre posthume inachevée de la sorte. C’est criminel.

 

Puisque notre amour ne peut vivre, mieux vaut en refermer le livre, et plutôt que de le brûler, mourir d’aimer/ mourir d’aimer, abandonner tout derrière soi, pour n’emporter que ce qui fut nous, ce qui fut toi. [Charles Aznavour]

 


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